"Les tics de langage existent en politique. Ainsi en va-t-il du fameux « millefeuille administratif », une « exception française » dit-on, incompréhensible par les Français moyens…

Pour éculée que soit la formule, la métaphore pâtissière envahit l’espace public, jusqu’aux plus hautes autorités de l’Etat ! Selon les orateurs, le nombre de niveaux varierait de cinq à sept. Passons sur l’indélicatesse qui conduit à assimiler nos collectivités locales à des couches de pâte feuilletée, et interrogeons-nous sur cette multiplication.

Pour arriver à sept niveaux, la recette est simple. Prenez la Commune et l’Intercommunalité, ajoutez-y le « Pays », le Département, la Région puis l’Etat, sans oublier l’Europe, et vous obtiendrez ce fameux millefeuille. Or, toutes ces instances ne sont pas à proprement parler des niveaux d’administration publique et l’assimilation ne résiste pas à l’observation.

A l’évidence, l’échelon européen est hors sujet dans ce débat, tout comme le « Pays » instance de travail à statut associatif où élus et socioprofessionnels se réunissent pour réfléchir à des stratégies de développement du territoire. Quant à l’Intercommunalité, simple établissement public, elle fait partie intégrante du bloc communal. Le ménage fait, il nous reste donc trois niveaux d’administration infra-étatique : la Commune, le Département et la Région. Or cette situation est tout à fait comparable à ce que l’on observe ailleurs en Europe. Pourquoi alors, le Gouvernement veut-il prendre le risque de dynamiter une organisation territoriale qui a fait ses preuves, et pas seulement en France ?

Derrière ce que l’on ose encore appeler une réforme, se cache en fait une double volonté : recentralisation d’un côté, asphyxie financière de nos collectivités territoriales de l’autre. La place, le rôle des élus et des territoires dans la République sont par essence des questions citoyennes. Ensemble, quelque soit notre couleur politique, nous devons porter le débat devant nos administrés, premiers concernés par cette réforme en trompe l’œil."