Les associations dans le collimateur
Par Jean Pierre le mardi 9 mars 2010, 14:34 - Lien permanent
La suppression de la "clause de compétence générale" risque de
priver purement et simplement de subventions les associations culturelles,
sociales et sportives. Le département de la Marne soutient 1065 associations et
leur consacre 8,9 millions d'€. Jean Pierre Bouquet, dans une lettre qu'il a
adressé à ces associations le 5 mars dernier, les alerte sur le danger qu'elles
courent et souligne qu'il est encore temps de réagir.
Voir la lettre de Jean Pierre Bouquet aux associations de la Marne Courrier
aux associations de la Marne
Mesdames, Messieurs,
Annoncé le 20 octobre dernier à Saint-Dizier, le projet de réforme des
collectivités territoriales est coupé en quatre textes de loi différents. La
question passionne les élus locaux, mais peine à être lisible par les français
en raison de son caractère technique. Or, nous sommes à la veille d’un
bouleversement complet de nos institutions : la première réforme
d’inspiration recentralisatrice.
Ainsi au fil de l’adoption de ces différents textes, le Conseil
Constitutionnel a validé le 29 décembre 2009 la réforme de la taxe
professionnelle et ouvert la voie à sa suppression effective, dès l’exercice
2010 du budget de l’Etat et des collectivités locales.
L’effet principal de cette suppression consiste en un allègement massif de
la fiscalité sur les entreprises d’environ 7 milliards d’€. Elle se traduit
également par un assèchement financier des collectivités locales dont la
dynamique a été tarie à la source.
Le Parlement poursuit actuellement l’examen du projet de loi réformant les
collectivités et les principales évolutions voulues par l’exécutif ont été
adoptées :
Création des conseillers territoriaux siégeant à la fois au Département et à
la Région,
Election des conseillers communautaires au suffrage universel direct avec
achèvement de la carte intercommunale au 1er janvier 2014.
Si ce second point ne suscite pas d’objection majeure, il n’en va pas de
même avec le premier. La création du conseiller territorial consacre à la fois
l’affaiblissement du département et l’effacement de la région. En effet, le
principe, selon lequel une loi portant clarification des compétences doit
intervenir dans un délai maximum d’un an, a été voté par la Haute Assemblée. Il
est assorti d’une orientation : la « spécialisation des
compétences » des régions et des départements. Celle-ci entraîne en droit,
la suppression de la clause de « compétence générale », une disposition
lourde de sens pour nos communes mais aussi et surtout pour les
associations…
Par un effet d’engrenage, c’est tout le régime actuel des subventions qui va
en être affecté, voire totalement supprimé. Parce que la clause de compétence
générale existe, le département comme la région subventionnent le mouvement
associatif de manière volontariste…
Pour la période qui arrive et avant l’entrée en vigueur de cette
disposition, faute de moyens suffisants, le risque est réel d’un
affaiblissement de la capacité d’action des territoires. Il est assez
vraisemblable que le département et la région se trouvent contraints à se
replier sur leurs compétences obligatoires et réduisent leurs engagements.
Celai laisse aux communes et aux intercommunalités (en fonction des compétences
transférées et exercées) le soin de financer tout le volet facultatif de leur
politique.
Retirer à une collectivité locale sa clause de compétence générale revient à
la transformer en « établissement public » régi par le principe de
spécialité. Cela conduira à l’impossibilité pour le département d’intervenir en
dehors du champ de compétence défini par la loi…
Le monde associatif, aussi bien dans ses dimensions culturelles, sanitaires,
sociales, loisirs et sportives, va donc être la première victime de cette
réforme des collectivités territoriales. C’est tout le tissu associatif, tout
le lien social, patiemment tissé par les collectivités locales et les
associations qui vont souffrir et risquent d’être ainsi mis en cause.
Dans la Marne, le Conseil Général consacre 8,9 millions d’euros aux
associations…
Il n’est pas trop tard cependant. Ce qu’une loi fait, une loi peut la
défaire. D’autant que sur certains points, notamment financiers, la loi portant
réforme des collectivités locales prévoit une « clause de revoyure »
au début de l’année 2011. Dans chaque département, dans chaque région, les élus
décentralisateurs, des élus de terrain, des associations, au-delà des clivages
politiques, s’organisent pour défendre ce qui reste des libertés
locales.
Dans la Marne, nous avons pris l’initiative d’informer nos collègues, maires
et élus, en diffusant des documents au fur et à mesure de l’avancée de la
réforme. Un blog « sauverlamarne.fr » a également été créé pour
servir de cadre à notre action. Sur ce site, une pétition a été mise en ligne
pour faire entendre la voix des citoyens et des élus attachés à la
décentralisation. Je vous invite à vous y rendre pour la signer à votre tour et
faire signer ce document. Il sera adressé à nos parlementaires et aux autorités
de l’Etat dans notre département et notre région pour leur signifier notre
attachement au maintien du financement des actions de proximité par les acteurs
de terrain.
Vous découvrirez également sur ce site des documents d’utilisation libre et
gratuite. Ce sont des supports d’informations suffisamment pédagogiques pour
être compris par des non spécialistes. Ils ne comportent aucun logo de parti,
ne présentent aucun biais partisan, et ne s’en prennent ni à des personnes en
particulier ni aux autorités de l’Etat. Je joins à ce courrier les plus
pertinents d’entre eux pour le monde associatif, en noir et blanc, pour celles
et ceux qui ne disposeraient pas de moyens de reprographie couleur. Vous
trouverez les mêmes documents, en quadrichromie, sur le site
« sauverlamarne.fr ».
Je vous propose d’utiliser ces documents à votre idée dans tous les moyens
de communication à votre disposition et relayer ainsi une action qui vise à
préserver l’existence même du monde associatif local, dans sa diversité et sa
pluralité. Notre campagne civique est conduite dans l’esprit de la République.
La loi du 2 mars 1989, l’article 72 de la Constitution, garantissent le
principe de libre administration des collectivités locales. Ne nous laissons
pas dépouiller de ce droit, il en va de l’autonomie de gestion de nos
collectivités et de leur liberté de gestion.
Dans cette perspective, je serais heureux de vous voir signer et diffuser
cette pétition citoyenne.
Vous souhaitant bonne réception et me tenant ouvert pour participer à toute
initiative d’explication que vous désireriez organiser à ce sujet, Je vous prie
de croire, Mesdames, Messieurs, à l’assurance de mes meilleures
salutations.